Héraklès n’arrivait pas à sourire, malgré tous ses efforts.
Il était encore perdu entre Francesca et Francis, n’arrivant pas à mettre un mot sur les sentiments mitigés qui le remuaient intérieurement en tous sens. Et c’était pour cette raison que, malgré les remontrances de sa mère, il donnait l’impression d’enterrer à nouveau son père. Ça promettait une nuit de noces mémorable, dis donc…
Il eut un petit sourire en voyant son nouvel époux avec des étoiles dans les yeux, ne semblant pas se lasser de tourner la tête en tous sens pour se gaver des festivités en leur honneur. Il avait l’air si plein de vie… Si loin de cette vision agonisante qui hantait encore parfois ses songes.
Mais il censurait ses tentatives d’affection et s’astreignait à une attitude froide et désintéressée.
Il ne fallait pas que Francis s’imagine le moindre de ses soucis, pas tant qu’il ne puisse faire le ménage dans tout cela.
Le futur roi se permit tout de même un sourire léger lorsque son prince s’écarta de lui au profit de ses frères qu’il n’avait plus vu depuis l’attaque où son père avait péri et lui-même kidnappé. Et maintenant, c’était lui, Héraklès, qui le leur kidnappait.
Le sourire ne tint pas longtemps lorsque la ligne délicate des épaules du blond parut se tendre, signe d’une émotion négative. Mais de là à savoir laquelle…
Le visage de marbre, il le laissa disparaître à travers les couloirs du château, évitant son regard lorsqu’il tourna le sien en sa direction. Peut-être avait-il eu besoin de soutien ? Il n’aurait pas dû le lui refuser.
D’un geste de la main, il fit venir à lui le Grand Chambellan qui s’avança, un peu hésitant, sur la conduite à tenir.
– Puis-je vous servir ? Balbutia-t-il.
– Mon époux vient de quitter la pièce. Je ne peux le suivre, hélas, ce serait trop visible et pourrait être pris comme une insulte. Je te laisse donc la lourde tâche d’aller s’enquérir de son état. Pourvois à ses besoins, quels qu’ils soient.
– À vos ordres.
Il disparut parmi les convives, traçant les pas légers du nouveau marié qui le menèrent dans la chambre royale, recevant un discours qui n’était sûrement pas destiné à sa personne.
Sirotant son verre et suivant du regard le dos du serviteur, Héraklès n’arrêta ces deux actions qu’une fois les portes refermées. C’était à lui, maintenant, d’entrer en scène.
Un sourire enjoué sur le visage, il se leva de sa chaise et croisa le regard effaré de sa mère. Bon, okay, peut-être un peu moins enjoué, si il faisait peur à sa propre mère…
Saluant les convives, il se dirigeait vers sa nouvelle famille, les frères de son époux, qui avaient l’air bien gênés d’être là. Les pauvres.
– Bienvenue dans notre royaume, même si on vous l’a déjà dit. Je n’ai pas pu m’empêcher d’apercevoir le mouvement d’humeur de Francis, j’espère qu’il ne s’est rien passé de fâcheux ? Si vous voulez bien m’en faire part, afin que je puisse apaiser les esprits…
Ce qui passait pour une invitation n’était qu’un ordre déguisé. Mais l’alcool avait suffisamment coulé pour qu’ils ne prennent pas offense et expliquent la situation actuelle, se rendant à peine compte de la fureur glacée qui prenait place sur le visage du futur souverain.
Quelle idée, aussi, d’avouer pareille chose en pareil moment…
Il ne se calma qu’à l’aide de Gupta qui apparut à ses côtés, posant sa main sur son épaule dans un geste de soutien mais aussi d’apaisement.
– Mon prince, vous feriez mieux de rejoindre votre mari. J’expliquerai la situation à la reine, votre mère.
Le ton pompeux et protocolaire était nécessaire, en présence d’invités illustres ou du moins nobles. Il ne pouvait y couper. Mais au moins le message était-il passé.
– Veuillez me pardonner, messires, mais mon conseiller a raison. Que serait un mariage si je suis seul face à la foule ?
Avec un rire faux que n’aurait sans doute pas renié le roi Lucius du temps de son vivant, Héraklès prit congé et échangea des banalités et des politesses avec ceux qui étaient sur son chemin, rongeant son frein de ne pouvoir aller plus vite rejoindre Francis.
Première étape : sa chambre. Enfin, la leur, maintenant.
