La vision troublée par ses récentes larmes -bien qu’une seule ne coulât réellement- Héraklès ne comprit pas tout de suite ce qui venait d’arriver. La princesse Francesca était bien morte ? Enfin, le prince Francis… Il allait vraiment avoir du mal à faire la part des choses entre les deux identités, son cœur se serrant à cette constatation.
– Oui, tu es là… souffla-t-il en le serrant contre lui.
Le retour auprès des leurs… du moins, auprès de la famille royale Karpusi, fut silencieuse, Neoklos encore sous le coup des événements récents, frissonnant de froid, Héraklès remâchant la trahison de feu le roi Lucius et le fils de ce dernier derrière son fiancé.
– Et que vas-tu faire, maintenant, grand-frère ? Demanda subitement Neo en claquant des dents.
– Ce que je vais faire ? Répéta-t-il d’une voix sombre. Je ne comprends pas.
– On dirait que tu vas tuer quelqu’un. Ou qu’on a noyé les chatons de la vieille Cathy. Donc, oui, je me pose la question.
Il esquiva sans aucun mal la détente du bras que son frère amorçait par réflexe. Il y était habitué, à force.
– Tu devrais être content, non ? Tu as récupéré ta princesse ?!
Le large sourire enjoué du prince assombrit d’autant plus le caractère de son aîné qui sentait la prothèse restante contre son dos. Tout ça n’était que fumisterie. Une mise en scène débile et fade. Dont il ne voulait plus faire partie.
Il se força à sourire à son frère pour ne pas l’inquiéter. Ce n’était ni le moment ni le lieu.
– Que dois-je faire, mère ? Souffla-t-il, le cœur en berne.
– Si Lucius n’était pas mort, je le maudirais. Je suis sûre qu’il a fait exprès, tempêta la souveraine.
Depuis dix minutes qu’ils étaient ensemble, elle n’avait pas décoléré, faisant les cent pas sur le tapis coloré, son fils assis sur une méridienne, triturant un quelconque bibelot qui traînait sur le bureau de sa mère. Il venait de lui expliquer ce qui s’était passé tantôt alors que Francis et Neoklos se réchauffaient et changeaient de vêtements.
– Je suis navrée, trésor, mais tu vas devoir continuer. Tu t’es déclaré devant trop de monde. Tu as pris en témoin des nobles de tous horizons. Tu ne peux faire demi-tour, c’est trop tard. Je n’ai pas élevé de parjure.
Son regard sinople, pareil à celui de son fils, était glacé, imperturbable, le défiant de la contrarier. Ainsi avait parlé la reine.
Les cloches sonnaient, étourdissant ceux trop proches des bâtiments, mais c’était généralement des membres faisant partie des festivités, donc ils n’étaient pas très clairs eux-même, transportés par la situation actuelle.
Un mariage royal, ce n’était pas tous les jours ! Sans parler de la passation de pouvoir entre la reine mère et le futur roi.
Ce dernier avançait d’un pas pesant, l’air aussi joyeux qu’un croque-mort, son ancien fiancé au bras, devenu son mari aux yeux de la loi et de la religion.
– Papa doit être mort de rire, commenta Neo en les regardant passer.
Gupta fronça les sourcils avant de reprendre son habituel air pensif.
– Du peu que je l’ai connu, je dirais plutôt qu’il serait en train d’écumer de rage. À cause du coup fourré fomenté par le roi Lucius. Il a toujours dit qu’il fallait s’en méfier.
Neoklos le crut sur parole, étant vraiment trop jeune pour se souvenir de son père.
– On fait quoi, maintenant ? Souffla-t-il.
