Presque timidement, il suivit son geste, surpris.
Maladroitement, il tira à son tour sur cette poitrine, s’étonnant du toucher étrange. Normalement, ça devrait être de la chair, non ? Enfin, si il devait se fier au souvenir de son enfance. Alors, pourquoi cela ressemblait-il à du tissu ?
La prothèse se déchira et tomba du décolleté, laissant un torse à moitié plat (l’autre prothèse encore en place) et plutôt masculin.
– Que… Franc… Francis ? Se corrigea-t-il.
Il était perdu. Sa fiancée était un homme ? Il lui avait menti pendant toutes ces années ? L’amour qu’il lui portait… Était-il seulement sincère ? Ou bien n’était-ce qu’un autre mensonge fomenté par son roi de père afin de les marier ?
Malgré ça, il ne pouvait pas le laisser mourir.
– Je… Je n’ai fait ce vœu que pour elle… lui… Je jure de n’aimer que Francis…
La mort dans l’âme, il reprit ce vœu qu’il avait tant souhaité clamer auparavant, le liant à un homme qu’il ne connaissait pas, juste pour le voir rouvrir les yeux. Et s’expliquer.
Tant pis, il ne sera pas le premier roi à régner seul et à léguer le trône à son frère cadet.
Le dos courbé sur ce qui pourrait passer pour un poids immense, il protégeait le corps mince de celle qui avait été sa fiancée, triturant la prothèse de chiffon d’une main et jouant avec ses cheveux de l’autre, le regard fixé sur un brin d’herbe au loin. Il sera dur de refaire sa vie après pareille découverte, sa mère aura sans doute bien du mal pour s’en remettre, mais elle comprendra sans doute.
Héraklès n’était pas un monstre sans cœur, quitte à avoir le sien de brisé, il préférait que cet homme vive.
– Eh bien, petit prince, il semblerait que découvrir la vérité ne t’enchante pas ! Gloussa le sorcier.
Il ne reçut qu’un regard blasé qui le fit à peine sourciller.
– Tss, vous les jeunots êtes tous pareils. En quoi l’apparence est importante ? N’as-tu pas appris à le connaître après toutes ces années ? Enfin, soit, il ne me sera que plus facile de le séduire si tu ne fais plus partie de la course !
Sans douceur, il récupéra le corps du travesti, poussant le prince qui n’en menait pas large, retourné par les derniers événements en date.
– Le… séduire ? Mais il est en train de mourir. Seriez-vous nécrophile ?
Malgré la situation, malgré les bris de son amour, il ne pouvait s’empêcher de vouloir tourner en bourrique son adversaire.
– Vous seul êtes capable de lui redonner vie, souffla-t-il. N’est-ce pas ? Vous pouvez le sauver ?
– Bien sûr que j’en ai le pouvoir, ne me confonds pas avec mon frère, renifla Kenneth.
– J’ai entendu ça ! Cria une voix au loin.
– Mais pour cela, tu vas devoir me convaincre, ricana-t-il, oblitérant l’interruption, des volutes de magie commençant à l’entourer.
– Vous convaincre ? Mais vous convaincre de quoi ?
Héraklès aurait compris si ça avait été un défi pour reprendre Francesca, afin que la vie réintègre son corps, mais là… C’était pour un inconnu, un menteur, un homme dont il connaissait tout juste le nom et qui s’était joué de lui durant toutes ces années…
Par réflexe, il porta la main à son cou, dans l’idée de toucher le pendentif qu’il avait pris l’habitude de frôler dans ces moments de doute. Mais il ne l’avait plus, l’ayant passé autour du cou de la fausse Francesca.
– Eh bien… bah, me convaincre de lui faire ouvrir les yeux ? Proposa le sorcier, se rendant compte de son plan bancal. Enfin, tu ne vas pas laisser un innocent mourir juste parce que tu es frisquet de l’épée ?!
C’était bien, ça, énerver le prince juste pour qu’il se décide.
Euh, en fait, pourquoi il faisait ça ? Il devait être un suicidaire dans l’âme…
« Heureusement » pour lui, le prince avait fini par se décider et avait empoigné son arme, prêt à en découdre, priant pour que ce fait d’arme ne soit jamais porté aux légendes. C’était ridicule. Heureusement qu’il n’aura aucun enfant ou petit-enfant auquel raconter cette bagarre digne des tavernes à soldat…
Enfin, son frère pourra toujours le faire, lui ayant permis d’achever le sorcier avant que celui-ci ne le fasse à son tour. Quoique, il s’était évanoui peu après, donc avec un peu de chance, il pourrait avoir tout oublié.
Héraklès se laissa de nouveau tomber auprès du corps froid de celle qu’il aurait pu aimer.
En voulant le sauver, il avait anéanti toute chance de le voir rouvrir les yeux. Pourquoi tout ce qu’il entreprenait se soldait par un échec ? Il avait dû être maudit à la naissance….
– Je… Je suis navré princesse… prince Francis. En voulant vous sauver, je n’ai fait que vous condamner.
Et, troublé par ce visage si paisible, si angélique, auprès duquel il s’était déjà imaginé vivre des années de bonheur, il se pencha, effleurant ses lèvres des siennes, une unique larme coulant le long de sa joue pour se briser sur celle de son vis-à-vis.
