Finalement, la cloche sonna, nous forçant à quitter nos positions. Enfin, moi je devais le faire, autant pour ne pas me parjurer plus que ça mais aussi car la matière suivante était importante. Mère était suffisamment effrayante en temps ordinaire.
C’est donc le souffle court que je me présentai au cours d’astronomie avec cinq minutes de retard, pour m’écrouler aux côtés de ma meilleure amie qui sourit devant mon essoufflement.
-Je me suis perdue, lui avouai-je, c’est pas drôle !
Ses yeux brillèrent et elle gloussa devant la moue boudeuse que je lui fis. Oui, bon, j’étais pas très classe entre mon visage rougis par l’effort, mes cheveux en bataille et me vêtements froissés. Ce stupide uniforme était vraiment gênant pour effectuer de larges mouvements !
Alors que le professeur Sinistra nous parlait des lunes de Jupiter, j’en profitai pour griffonner les événements de la journée. C’est une habitude que j’ai prise depuis depuis ma deuxième année. Peut-être même le moment où Lucius s’est déclaré intéressé par ma personne… Mes écrits sont irréguliers car je ne les marque que lorsque quelque chose s’est passé et/ qui m’aurait marqué de la journée…
D’ailleurs, si on fouille dans tous ces lambeaux de ma vie, on trouverait ce que les moldus appellent des « dossiers ». J’ai vraiment les yeux partout, moi. Et il n’y a pas pire qu’un Serpentard pour connaître tout les potins !
Une fois ce cours fini, je rangeai en vitesse mes affaires.
-Je ne te savais pas si empressée, se moqua mon amie.
-C’est juste que nous allons avoir cours de potion…
-Avec ces satanés Gryffondors, grogna-t-elle.
Nous mettant en marche, on ricanèrent en chœur. Autour de nous, les autres Serpentards formaient un groupe compact, une manière comme une autre de se protéger. Ça et le fait que ça nous évitait de nous égarer comme ça m’est arrivé plus tôt.
Une fois que le professeur Slughorn nous laissa entrer en classe -non sans avoir rappelé le fait que nous devions prendre place auprès de notre condisciple du dernier cours.
À regret, je dus m’éloigner d’Elsa au profit de James qui avait l’air un peu endormi et assez bougon. Malgré ça, il répondit à mon sourire.
-C’est quoi la potion du jour ?
-De l’Amortencia. On fait comme la dernière fois ?
-Hein ? Euh… ouais, si tu veux…
J’étais bien trop préoccupée par l’impression qu’on force mes barrières mentales pour me concentrer sur ce qui se passait. Machinalement, je mis sur le feu mon chaudron et murmurai les ingrédients.
Au bout d’une dizaine de minutes, n’en pouvant plus, je baissai mes défenses et laissai Severus s’engouffrer dans mon esprit. Je me sentis un peu mieux et pus me concentrer sur la potion qui se passa de commentaires… Un véritable désastre. Je me passai la main sur la figure et soupirai, pendant que de l’autre, je le vidai d’un coup de baguette
-On recommence…
-Tu es sûre que ça va ?
-Un peu de fatigue, rien de mortel… Passe-moi le flacon vert.
-Tiens. Pourquoi tu me mens ?
-Je ne te mens pas. J’arrange la vérité.
Il fit un petit sourire avant de me donner le dernier ingrédient.
-Voilà ! Finis !
-Beau travail monsieur Potter et miss Black. Vingt points pour Serpentards et Gryffondors ! Et encore vingt chacun pour le succès de votre binôme !
Une explosion se fit attendre.
-Et dix points en moins pour Gryffondors, monsieur Black ! Non, ne protestez pas ! Je vous ai vu mettre de la poudre de scarabée au lieu de la griffe de loup dans le chaudron. Vous reviendrez ce soir pour faire de nouveau cette potion avec votre condisciple.
J’entendis mon frère grommeler et soupirai. J’ai beau ne guère apprécier le fait qu’il m’espionne pour Regulus, Severus reste un ami cher et je le plains de devoir être obligé de rester encore une heure avec lui… Voir plus, les connaissant ! Il va être d’une humeur exécrable à table.
Mécaniquement, je rangeai mes ingrédients pendant que James remplissait un flacon. Une fois assurée qu’il ne risquait rien, je vidai de nouveau le chaudron et le rangeai. Je sortis du cachot et attendis le petit groupe que nous formions.
Elsa arriva, suivit de Théodore qui tentait de réconforter Severus, suivi de Jugson, Travers et Wilkes
-Severus ?
Il leva les yeux vers moi et je notai alors que ses yeux lançaient des éclairs.
-Je ne t’en veux pas.
Il eut un regard plutôt surpris, mais esquissa quand même un petit sourire sous le regard étonné de ceux qui nous entouraient. Je glissai un bras sur ses épaules en une tentative de réconfort alors que Elsa se plaçait de l’autre côté, bavardant avec Wilkes sur un sujet qui m’était complètement obscur. On se dirigeait vers notre salle commune en parlant de tout.
-Au fait, Mibbou-d’chou, comment tu fais pour t’entendre aussi bien avec Potter ?
-Je m’entends pas avec lui, j’ai mis au clair la situation. Il me refile les ingrédients et je fais la potion. Ce qui rapporte des points et donne une impression d’alliance ou d’entente…
-Mais ce n’est qu’une impression, intervint Elsa, pour que Slughorn rapporte à qui veut qu’il est bon professeur !
-Qu’est-ce que vous croyiez ? Que je couchais avec lui ?
Un silence s’installa, puis fut brisé par nos rires qui furent accentués par la grimace de dégoût que je faisais. Je serrai mon meilleur ami contre moi, posant ma tête sur son épaule.
Nous entrâmes dans la salle à la lueur verdâtre et séparâmes le groupe. Elsa se dirigea vers sa propre chambre qu’elle partageait avec d’autres héritières. Narcissa, ses deux sœurs et moi étions dans la même chambre. Reg’ aurait été une fille, il se serait retrouvé avec nous. Étant toutes les trois des Black, on s’est retrouvé ensemble. Sinon, c’est par année, les héritiers des familles au Sang-Pur étant peu nombreux. Je posai mon sac sur mon lit et l’ouvris pour ranger les livres sur mon étagère ainsi que mon chaudron après l’avoir lavé une nouvelle fois. C’est fou à quel point une potion pouvait résister aux sortilèges de nettoyage !
Je m’allongeai, mais ma cousine Andromeda me demanda de l’aide pour lui brosser ses longs cheveux noirs. Je m’emparai de sa belle brosse rouge et commençai à démêler les nœuds.
-Mais qu’est-ce que tu fais avec tes cheveux ?! Ils sont plein de nœuds !
-C’est ce connard de Patil ! Il s’amuse à me faire ça avec sa baguette.
-Faudrait trouver un contre-sort, tu penses pas ?
-Y’en a pas, j’ai déjà demandé…
-Si il n’y a pas de contre-sort, susurrai-je, une petite vengeance…
Je reçus une petite tape sur le crâne du bout de sa baguette, je lui tirai la langue en échange. C’est dans une atmosphère joyeuse que je terminai le démêlage, puis j’entrepris de les lui natter.
-Finis !
Andromeda se mit à secouer la tête et sa natte serpenta.
-Merci cousine. Elle est magnifique !
-Tu viens ? Je te parie qu’ils vont encore rouspéter !
-Je ne tiens même pas le pari, trop peur de perdre !
-Je vais chercher El. Tu nous attends ou on se retrouve en bas ?
-Je vous attends.
-Je fais vite.
Et, en effet, je courus jusqu’à la porte du dortoir où se reposait ma meilleure amie, j’ouvris après avoir frappé. Il n’y avait personne. Je repartis rejoindre ma cousine qui m’attendait.
-Alors ?
-Personne ! Elle a dû y aller sans nous attendre !
-Tu vois !
-Elle aurait pu nous prévenir, grognai-je.
-On ne peut se fier qu’à sa famille, rappelle-toi !
-Tu as raison…
On échangea un petit sourire avant de rejoindre les garçons et Elsa. À notre arrivée, leur conservation stoppa. Lucius me fit signe et j’allai m’asseoir sur ses genoux, me blottissant dans ses bras avant de lui déposer un petit bisou sur le front. Lucius se mit à caresser mes cheveux d’un air absent.
-Désolé de vous déranger les tourtereaux, mais l’heure tourne, et il faudrait mieux que nous y allions.
-Mmh ? Où ça ?
-On va manger, je te le rappelle ! Vraiment ! La présence de Lucius te grille les neurones, on dirait !
-Parce qu’elle a des neurones ? S’intéressa mon amie.
Je rougis sous la remarque et quittai avec regret les bras de mon futur fiancé qui remit de l’ordre dans sa tenue avant de se lever et de me tendre le bras pour m’accompagner. Je profitai de l’étroit passage pour m’approcher de sa personne, un peu plus encore.
Je lui lâchai le bras après avoir effleuré ses lèvres. Je rejoignis ma cousine et ma meilleure amie en pleine discussion, discussion assez enflammée entre nous, tandis que Lucius intégra le groupe masculin devant nous. Groupe qui stoppa pour nous laisser passer. Ce qu’on fit en les remerciant d’un signe de tête, tout à notre sujet : le (ou la) Gryffondor(e) avec qui nous étions et leurs attitudes envers nous.
-J’en ai ras-le-bol de Patil ! Il ne fait rien et me lance un sort pour emmêler mes cheveux ! Se plaignait ma cousine.
-J’ai eu de le chance, moi. Potter est un bon toutou qui obéit aux ordres donnés par sa maîtresse… Et toi Elsa ? Tu as qui ?
-Lupin.
-Et ça se passe bien ? C’est le plus calme des Gryffondors, non ?
-Il est sympa. Pas trop bavard mais pratique. Je lui refile les ingrédients et le conseille… dit-elle, les yeux dans le vague.
-Vous en avez de la chance ! S’énerva Andromeda. Patil est insupportable !
-Je suis au courant… Je le suspecte d’utiliser ce sort chez tous les gens aux cheveux longs à sa portée…
Je me tourne vers elle.
-Tu as tenté un bouclier sur tes cheveux ?
-Il n’a pas résisté longtemps et je ne peux pas m’en occuper car je me concentre sur mon travail.
-Un bouclier permanent ?
-Il faut être ultra concentré…
-Et si c’est moi qui te le pose ? Lui proposai-je.
-Ça serait génial ! Mais tu vas avoir dû mal à travailler…
-On essayera… Après tout, si ça marche…
-Ouais, t’as raison, autant essayer… râla-t-elle.
-Qui ne tente rien, n’a rien…
-Ouais, enfin…
On soupira en chœur et la conversation prit un ton plus léger alors que nous atteignions la double porte de la Grande Salle.
-Sevy, murmurai-je en papillonnant des cils, tu te mets à côté de moi ?
-Avec plaisir, répondit-il avec un petit sourire, mais tu n’as pas besoin de me faire un regard pareil, tu sais…
Il tira la chaise à ma droite et prit place, alors que je lui tirai la langue. Lucius s’installa de l’autre côté, forçant Elsa à s’asseoir à côté de Severus. Oh, pas qu’ils ne s’aimaient pas, mais on parle de deux insupportables je-sais-tout… Donc c’était assez particulier lorsqu’ils étaient l’un à côté de l’autre.
J’engageai la conversation avec Sev’, tout en me servant dans les plats et en mangeant. Évidemment, la discussion dériva sur la punition en potion.
-Tu pourrais pas tuer ton frère ? Quand je pense que je vais passer la soirée avec cet abruti par sa faute !
Je posai ma main sur la sienne pour le calmer.
-Tu veux que je vienne ?
-J’aimerai bien. Mais tu n’es pas déjà… « occupée » ?
En voyant son sourire narquois, je jetais un regard noir vers Lucius qui afficha un air innocent.
-Quelle heure ?
-À vingt heures, grommela-t-il, ça va me pourrir la soirée !
-Vingt heures ? C’est possible !
J’affichai un sourire triomphant en brandissant ma fourchette vers le ciel magique.
-Alors j’aimerais bien. Mais faudrait se dépêcher de terminer, me pressa-t-il.
-À vos ordres mon général !
J’engloutis ma part de tarte aux trois chocolats et me leva au même moment que Severus. Discrètement, je m’emparai de deux morceaux de cette délicieuse tarte et les enfouie dans mes poches, délicatement, à l’aide d’un sort approprié qu’un de mes oncles m’avait appris. Avoir les poches remplies de morceaux de pâte sablée et de chocolat fondu n’était pas dans mes envies.
Notre conversation se faisait sur un ton bas, approchant le murmure, alors que nous nous dirigions vers le lieu de la retenue. Arrivés devant la porte du cachot, on se détacha l’un de l’autre avant que Sev’ s’avance pour toquer, et n’ouvre sous l’injonction de Slughorn.
-Vous êtes en avance ! Je m’en attendais pas moins de vous. Et… oh ! Miss Black !
-Excusez-moi, professeur, mais j’ai absolument tenu pour accompagner mon ami afin qu’il ne se sente mal. Mais, ajoutai-je en baissant la tête et en prenant un air coupable, je comprends si vous refusez…
-Non, c’est même une bonne idée ! S’exclama notre directeur de Serpentard. Surtout que vous… comment dire ça ? Vous avez un lien entre les deux. C’est encore mieux !
J’échangeai un regard consterné avec Severus. Derrière nous, la porte s’ouvrit sur mon frère…
-Black ! Vous avez cinq minutes de retard !
-Excusez-moi, grommela-t-il, professeur.
-Bon, dépêchez-vous. Mettez-vous devant les deux chaudrons et commencez.
Je m’assis sur le confortable fauteuil qu’avait invoqué le professeur pour moi et me mis à observer ces deux êtres aux cheveux noirs.
Et c’est en moins de vingt minutes que Severus avait fini, alors que mon jumeau peinait toujours à la préparation.
-Professeur Slughorn, j’ai fini, lui annonça-t-il.
-Félicitations monsieur Rogue ! Dix points pour Serpentard ! Et de votre côté, Black ?
Le professeur s’avança vers mon double masculin. Son sourire retomba aussitôt en le voyant tentant vainement de changer la couleur orange ternie de la potion ratée.
-Trente points en moins… Evanesco ! Fit-il en vidant d’un simple geste de poignet. Vous êtes désespérant… Je sais que vous avez pourtant la faculté pour la réussir… De plus, votre sœur ici présente, et votre jeune frère Regulus, excellent dans ma matière, pourquoi pas vous ? C’est souvent héréditaire ce genre de don… N’est-ce pas monsieur Rogue ?
-Absolument professeur.
Severus eut un petit sourire narquois et méprisant pendant que mon frère subissait les réprimandes de notre cher directeur de maison. Difficile de ne pas sourire à mon tour.
-Vous savez, je vais finir par vous donner des cours de rattrapage… ou de soutien. J’en parlerai avec votre mère.
Sirius se mit à pâlir sous la menace du professeur. Je me mordis la lèvre pour ne pas exploser de rire, ce qui aurait encore plus mis mal à l’aise mon frère. Mes yeux devaient être rieurs, tout de même, car Severus ne put empêcher un rire sarcastique s’échapper en croisant mon regard. Je ne pus me retenir plus longtemps et fus prise d’un fou rire. Je me retins à l’épaule de Sev’ et on finit par rire l’un dans les bras de l’autre. Je le serrai autant que je pus et plongeai ma tête dans ses cheveux pour tenter de ma calmer, mais ce fut mission impossible.
Slughorn nous libéra avec un petit sourire, en nous rappelant que nous étions invité à sa petite fête samedi, gardant Siri avec lui. On fit le chemin à moitié par terre et on se tenait pour éviter de tomber. En chemin, on croisa le baron Sanglant et on le salua. Il sourit à notre vue et répondit à notre salut d’un hochement de tête avant de se faire absorber par le mur.
Je réussis à annoncer le mot de passe (« Fourchelangue« ) et aidai Sev’ à entrer avant de le faire s’asseoir sur un fauteuil. Je m’écroulai dans le fauteuil en cuir à ses côtés et repris difficilement ma respiration.
