Les portes s’ouvrirent et des rire s’élevèrent de différentes tables, celles des Gryffondors en particulier. Il est vrai qu’il y avait de quoi : Lucius Malefoy bien propre et bien mis, une trace violacée bien visible sur sa joue gauche. On pouvait aussi apercevoir l’anneau qu’il m’avait offert il y a quelques années… Chaque doigt bien visible se détachait nettement sur la peau pâle du jeune noble.
Un sourire narquois étira mes lèvres et dévoila mes dents. Le regard gris et habituellement glacé s’emplit de fureur et de haine. Je répondis à ce regard, y mettant tout mon ressentiment et mon haine envers lui. Haine qui n’existait que depuis la veille. Puis je me remis à manger tranquillement et avec une sérénité d’esprit.
Notre repas (rapidement) achevé, on sortit du réfectoire pour faire un rapide crochet afin de récupérer nos affaires pour les cours. Je commençais d’ailleurs par divination ! Je me désole de ne pas avoir un niveau assez haut pour que le professeur me remarque… J’ai une sorte de don… Et comme le professeur compte nous quitter dans trois-quatre ans, je pourrais envisager de prendre sa place. Enfin, l’avenir seul nous le dira ! Et je n’ai guère envie de me pencher sur le mien, préférant me garder la surprise.
Bref, m’installant sur les coussins et les tapis d’Orient colorés (un sort fait conserver leur couleur malgré l’usure et le temps). La délicate odeur de l’encens se détachait dans l’air. Les fenêtres entrouvertes laissaient passer un courant d’air tiède malgré l’hiver proche, des bougies flottaient dans les coins les plus sombres, ajoutant une ambiance chaleureuse à la pièce où se pressaient un petit groupe d’élèves. Une tapisserie où se mêlaient des fils lavandes et des fils d’argents camouflait la porte par laquelle le professeur survenait.
Dans un grincement de mécanisme non huilé, la porte laissa passer l’enseignant qui salua l’assemblée d’un signe de la tête accompagné par un geste de la main. Je sortis avec empressement mes affaires, sous l’œil amusé de mon professeur qui alla s’asseoir sur son tabouret faisant face aux occupants de sa salle de cours.
Je le scrutai tout en écoutant ses explications. La taille haute, le teint mat, les yeux verts foncés, la barbe noire, un turban ocre enroulé sur le sommet de son crâne, maigre. Voilà comment je pourrais décrire mon professeur. Indien (d’Inde) de trente-sept ans, il est venu en Angleterre se marier et enseigner sa passion : la divination, ou l’art de la prédiction. Nul ne connaît son identité, ni ses collègues, ni les fantômes et, encore moins, nous !
-Aujourd’hui, examen pratique avec les boules de cristal. Vous allez tous passer tour à tour et me lire mon avenir. Un sort empêchera vos camarades d’entendre vos prédictions.
J’expirai silencieusement et inspirai profondément, me préparant à l’épreuve, récitant mentalement chaque point de la leçon sur la lecture des boules de cristal. Une fois calmée, je fixai le mur en face et me forgeai un mur mental pour ne pas être gênée par la fébrilité ambiante et le bruit. Quel dommage que Elsa n’ait pas pris cette option, elle aussi ! Mais elle détestait cette matière qu’elle traitait de « fadaise ».
Du coin de l’œil, je pouvais voir mes camarades s’agiter, récitant leurs connaissances à voix haute, ne se préoccupant guère du besoin de concentration de son voisin, provoquant de petits duels entre eux, déclamant des énormités que les autres finissaient par dire à leurs tours… On s’aurait cru dans un poulailler…
Réprimant le ricanement qui menaçait de sortir et mettant aux oubliettes l’image des élèves transformés en gallinacés, je poursuivis mon exercice de concentration.
Tour à tour, l’évaluation se fit. De par le regard du professeur, je pouvais plus ou moins deviner ses pensées, or si je m’appuie sur ce support, je peux affirmer que la moyenne ne volera pas très haut. Soupirant, l’image de la note totale de la classe s’afficha dans mon cerveau. Pas très reluisante… Un coup à vous démoraliser et mettre à bas vos meilleurs efforts…
Mais je n’allais pas me laisser abattre. Après tout, seuls mes propres résultats escomptaient !
C’est ce que je me répétais en boucle lorsque ce fut mon tour, ne me laissant pas impressionner par le professeur, malgré qu’il y employait ses meilleurs efforts. Je ne peux dire si j’allais avoir une bonne note, non, juste dire que j’étais complètement détendue et que j’ai suivis mes instincts divinatoires, répondant comme je le sentais et n’angoissant pas, malgré les émotions que laissait transparaître le professeur. Je dus être l’une des seules à sortir de la pièce le cœur léger et le pas proche du sautillant, pour rejoindre Elsa qui patientait. Elle n’avait pris aucune option, en dehors de l’arithmancie, dénigrant la plupart et préférant utiliser le temps libre mis ainsi à sa disposition pour mieux étudier ce qu’elle voulait ou achever des devoirs. Ou dormir plus longtemps. Enfin, vous voyez le genre.
Elsa Mahé, je la connais depuis seulement notre première année à Poudlard. Je ne peux même pas me vanter de la connaître depuis le Poudlard Express, au contraire de mon frère, ou encore par les connaissances de mes parents. En effet, les Mahé est une famille française et dont la noblesse est de petite envergure. Nombreux sont les hybrides y parsemant leur sang, et ma meilleure amie est elle-même l’enfant d’une moldue et du fils cadet de la branche principale. J’ai cru comprendre que son grand-père paternel était rien de moins qu’un hobbit. Sa mentalité est évidemment différente de celle de nos camarades Serpentards et Sang-pur par ces faits. Comment pourrait-elle ne jurer que par le sang noble alors qu’elle est elle-même une sang-mêlée et que le sang de nombreuses créatures magiques y coule ? Certes, elle est très attachée aux apparences et a du mal à comprendre mes efforts pour renouer contact avec mon « maudit de frère », mais le sang appelle le sang, je dirais…
Pourvue d’une attitude altière, elle impose le respect aux premières années rien qu’en passant devant eux. Ses yeux sont d’un bleu de glace -héritage lointain d’un elfe- et ses cheveux flamboient tels un brasier (et non ! Cette couleur ne vient pas d’une banshee mais bien de sa mère, j’en suis formelle). Sa peau mâte fait ressortir admirablement le tout. D’une taille assez petite (enfin, quand tu penses que son grand-père est pas très haut sur pattes…), elle en joue avec art. Moyennement ouverte d’esprit, il faut réfléchir avec soin des sujets abordés avec elle. Mais malgré cela, je l’aime bien.
Elle est un peu comme une bouffée d’air frais au milieu de cette atmosphère oppressante que les Serpentards s’appliquent à développer. Elle et Severus. Ce dernier, j’en fis la rencontre lors de ma deuxième année. Je le connaissais de vue, et aussi par le fait qu’il soit la cible préférée de mon jumeau. Mais en dehors de cela, le néant complet. Ou presque. Le professeur de potions décida de nous mettre en duo pour l’un des projets de l’année. Et c’est ainsi que j’en fis la connaissance. Tout simplement. Je ne peux pas dire ce que j’aime vraiment chez lui. Il a beaucoup de conversation malgré le fait qu’il doit être poussé pour ouvrir la bouche.
