-Cette histoire semble vous marquer.
-Pas plus que ça.
Le manteau glisse le long des bras fins. Les mains le rattrapent in extremis.
-Camelle…
Le sofa s’affaisse. Deux fois.
-Champagne, Milady ?
-Avec plaisir, my lord.
Les bulles pétillent. Les verres tintent.
Le jade semble fluorescent dans l’ambiance tamisée. La flamme des bougies s’y reflète.
-Vous le connaissez, n’est-ce pas ?
La fourchette s’arrête à mi-chemin. Une seconde. Deux secondes. Parvient à la bouche.
-Non.
-Camelle.
Une main s’empare tendrement de l’autre, frôlant les doigts du pouce. Des lèvres les caressent. Une bouche est essuyée. Un regard, douloureux.
-Ce n’est pas une histoire intéressante. Et elle a été classée, il y a longtemps.
-Avant les six ans?
-Bien avant.
-Ce n’est donc même pas la raison de votre départ…
-Absolument pas. Je suis partie soigner mes nerfs… et mon cœur.
-Oh…
Les sourcils se haussent.
-Vous préférez que l’on parle des raisons qui vous ont fait quitter le MI6, pour ne pas s’ouvrir sur le sujet du sieur Kali ?
-Ce n’est pas un homme mauvais. Le vrai, en tout cas. Celui de M n’est que mystification. Un leurre. Un faux. Un voleur d’identité.
-Et M est au courant ?
-Je me suis arrangée pour que le vrai Koda ne soit pas importuné. Rien ne pourra monter jusqu’à lui. Pas même vous. Ni Q. Et je l’ai fait suite à notre rencontre.
-La nôtre ?
-Non celle de Koda et moi.
-Vous n’avez pas peur d’en dire autant ?
-Nul n’est en position de me faire peur. À chacun ses tentacules, James. Les miens me permettent mille stratagèmes pour retomber sur mes pattes.
-Vous semblez sûre de vous…
-Je ne peux me fier qu’à moi.
-Même pas moi ?
-Vous êtes pareil à moi. Le devoir avant le reste.
Sourires complices. Les mains reprennent leurs places. Le repas se poursuit.
-Vous dîtes ça, mais ces informations n’ont pas été partagées avec M.
-Je sais ce qui risque de se passer. L’innocent paiera le prix du coupable. Et le tribut n’est pas vraiment plaisant.
-Vous l’aimez ?
-Koda ?
-Oui.
La fourchette donne du temps à réfléchir.
-Je n’en suis pas amoureuse, si c’est ce que vous sous-entendez.
-Je n’ai aucunement prétendu cela.
Le sourire se fait moqueur. Puis disparaît au contact d’autres lèvres.
¤
-Koda. Ne fais pas ça.
-Qui pourrait m’en empêcher ? Qui le souhaiterait ? D’une certaine manière, c’est ça qu’on attend de moi.
-Et les faire mentir, ça ne t’intéresse pas ?
-Ce sera fait en temps voulu. Pas avant. Pas après.
-Mais…
-Chut, Lilia. Pas un mot.
Un baiser doux. Quelques caresses…
-Ce n’était qu’un rêve.
Regret… ou remord ?
