-Alors, ça vous a plu ?
-Beaucoup ! Merci, James, ce fut plaisant, cette petite sortie.
Main dans la main, un parfait couple.
Une barbe à papa verte les occupait, tenue par leur autre main.
-Je n’ai pas toujours tort, vous savez.
Rires des deux. Papillon sur la joue.
-Vous êtes un amour, James… C’est très gentil de passer votre temps libre avec moi…
-Oh, la raison est suffisamment agréable à regarder.
-Juste regarder ?
Il l’embrassa, la plaquant contre lui.
-Pas que regarder.
-Nous ne sommes plus très loin de chez moi… Souhaitez-vous y rester la nuit ?
-L’invitation est aussi agréable que l’inviteuse… Comment dire non ?
-C’est donc un oui ?
-Montrez-moi donc le chemin.
-Par contre, je n’ai aucun talent culinaire.
-La perfection n’est pas humaine, hélas !
-Sale goujat, allez.
¤
-007.
-M.
-Votre mission ?
-Elle se déroule sans heurt ni écueil.
-Des témoignages importants ?
-Encore rien, pour le moment.
-Vous…
-Désolé de vous couper, M, mais je sais ce que je fais. Mes méthodes ont toujours eut des résultats.
-J’espère pour vous, 007.
-Aucun souci là-dessus, M. Aucun.
La porte se referme.
¤
-Lilia ? Que se passe-t-il ? Pourquoi tu pleures ?
-Des mauvaises nouvelles, mon Koda. Juste des mauvaises nouvelles.
-Tu souhaites m’en parler ?
-Je préférerais rester seule, désolée.
-Je comprends. Je suis dans mon bureau si besoin est.
Un baiser. Le dernier de toute une vie. Mais laquelle ?
¤
Quelqu’un toque à la porte.
L’appartement est vide de vie. Silencieux. Morne.
Il semble abandonné, mais il est propre. La poussière n’en a pas fait son royaume. Mais ce n’est qu’une question de temps.
Quelqu’un toque à la porte.
Il a des fleurs à la main. Pas des roses. Non. Des rhododendrons. Des cyclamens. Des fushias. Beauté, beauté et désir. Bouquet étrange mais parlant.
Le vase est là. Propre, le soleil le traverse.
Quelqu’un toque à la porte. S’impatiente. Angoisse.
-Camelle ? Vous êtes là ?
Cliquetis des verrous, l’homme entre dans l’habitation.
-Camelle ?
De sa main libre, il fouille dans sa veste, sort son arme et l’enclenche silencieusement.
Il pose les fleurs dans la cuisine.
Reste la chambre. Et la salle d’eau.
La chambre est vide. Les placards sont grands ouverts, des vêtements sont froissés. Trace de lutte.
Poussant doucement la porte de la salle de bain, il entre brusquement, son arme en premier. Puis se fige.
Les miroirs embués, la fenêtre ouverte, la baignoire contient encore un peu de mousse alors qu’elle se vide. Et là, face à lui, un homme. Cet homme.
Une serviette autour des reins, le menton et la gorge badigeonnée de mousse à raser, blaireau et rasoir à lame dans les mains.
-Hm… Traditionnellement, on frappe à la porte avant d’entrer, sieur Bond.
L’arme toujours pointée sur l’homme, l’agent fronça les sourcils.
-Qui êtes-vous ? Que faîtes-vous là ? Où se trouve Camelle ?
-Vous pouvez m’appeler Lákis, et j’habite ici. Et Camelle a jugé bon d’aller se ressourcer quelque temps.
Il passait l’ancien coupe-chou d’une main experte qui ne tremblait pas.
-Vous êtes grec ?
-Il semblerait, oui. Pouvez-vous fermer la porte, je vous pris ? Le courant d’air est assez désagréable.
Dans un état second, James rangea son arme et obtempéra, s’appuyant à la porte. Il ne pouvait s’empêcher de laisser ses yeux scruter le corps musclé face à lui.
-Je vous en remercie.
Il fallut attendre la fin du rasage pour qu’ils se remettent à parler.
-Je suis vraiment désolé que Camelle ait oublié de vous prévenir de son départ. Mais il était précipité, rien de construit, d’organisé… La panique totale.
Froncements de sourcils.
-Ça m’étonne d’elle. Elle ne serait pas partie ainsi.
-Sans vous dire au revoir ?
Regard et sourire moqueurs.
La serviette glisse à terre. Défi.
James ne détourne pas le regard.
-Elle n’aurait pas pu faire passer le privé devant le professionnel ! Elle me l’a dit elle-même il y a un mois. Et c’est une femme de parole.
-Elle vous ment. Depuis le début. Comment vont vos migraines ? Car vous en avez encore maintenant, je me trompe ?
Une grimace.
-Non. J’en ai de différentes ampleurs.
-J’en étais sûr. Vous voulez boire quelque chose ?
Face à face. Air pensif de surface, défi et moquerie au fond. Traits crispés.
La vanille les enveloppe. Mais l’eau de Cologne la supplante rapidement.
-Que cherchez-vous, Lákis ?
-Moi ? Je quitterais bien la salle de bain au profit de la cuisine. Mais si vous voulez, le lit est toujours plus confortable que la salle de bain…
La mâchoire se serre durant une poignée de secondes.
-Gardez vos plaisanteries scabreuses pour vous.
La porte s’ouvre.
Lueur de jeu dans deux yeux gris.
-Vous n’êtes pas drôle, James.
-Comment connaissez-vous mon nom ?
Haussements d’épaules.
-Camelle. Elle me confie tout. Une vieille amitié. Vous voulez boire quelque chose ?
-Un bon café.
Maugréments. Tempes massées.
Le temps d’ouvrir les yeux, les fleurs se complaisaient dans le vase.
-Vous êtes juste un ami, ou..?
-Je considère Camelle comme ma petite-sœur.
Sucrier. Bouteille de lait. Gâteaux.
-Et un café pour le beau monsieur !
L’arme refit surface.
-Oui, bon, j’ai compris.
Moue boudeuse. Thé à l’orange.
-Camelle vous a-t-elle laissé un moyen de communiquer avec elle ?
-Elle a parlé d’un Kyû messager. Vous voyez de qui elle parle ?
Image soudaine d’un Q en uniforme de postman.
-Absolument. Un collègue de travail.
-Alors vous l’avez, votre moyen de communication.
Petit sourire moqueur. Gorgée.
-Vous êtes déjà venu ici ?
-Je vous demande pardon ?
-Ici. Dans cet appartement. Vous êtes déjà venu ? Vous semblez suffisamment à l’aise, mais sans plus.
-Camelle m’y a invité une fois ou deux…
-Je me disais, aussi !
Rire.
-Bon, alors aucune utilité de vous proposer de vous faire visiter l’appartement.
-Particulièrement si ladite visite commence par la chambre.
-Vous venez de jeter mon plan à l’eau, James.
-Je n’aime pas la manière que vous avez à prononcer mon nom ainsi.
-Moi je vous aime bien.
Regard entendu au-dessus de la tasse.
La soucoupe tinte.
-À vrai dire, vous êtes chez moi. J’hébergeais Camelle le temps dont elle avait besoin. Et j’aime à savoir qui y est déjà entré et qui non.
-C’est tout à votre honneur.
-N’est-ce pas ?
