L'affaire Caméléon [James Bond]

L’affaire Caméléon – Le danger est une fleur à cueillir 2/11

-Q, vous me recevez ?

-Bien, évidemment, 007.

Froid. Dédaigneux. Cassant. Q.

-Je n’arrive pas à croire ce qui se passe, maugréa le blond.

Il attrapa un serveur, lui réclamant son Martini.

-Vous êtes tout de même au courant que je ne sais absolument rien de la personne que je suis supposé retrouver et approcher ?

-De quoi vous plaigniez-vous, 007 ? Du challenge, du mystère… un brin de charme… Ça devrait vous plaire, non ?

Sourire de convenance aux bords crispés. Dos à la baie vitrée pour ainsi mieux observer les entrées et sorties. La jet-set. Des escorts. De beaux spécimens et pas mal de pourris.

-Vous êtes conscients que cette mission est vouée à l’échec avec toute cette absence d’information ?

-Vous n’avez pas fini de grogner, 007 ?

Ton amusé. Pas difficile d’imaginer le petit sourire narquois.

-Tant que je ne mords pas.

Les créatures étaient charmantes. Tout en faux-cils et décolletés. Pourquoi se plaindre ?

-Je ne sais même pas si c’est un homme ou une femme.

L’énervement s’était envolé. Il y avait trop de divertissements à portée de main. Devenons charmeur. Séduisant. James Bond.

-Nous l’ignorons tout autant.

-Merci, Q, votre aide m’est précieuse.

Ironie. Avec des crocs tranchants.

-Bonjour beau blond.

Oui, vraiment charmantes.

-007 ! N’oubliez pas votre…

Oreillette coupée. Elle sera remise en fonction selon le bon vouloir de l’agent. Pas avant. Et puis, les fêtes, ne sont-elles pas pour s’amuser ?

Toutes ces couleurs… Robes de grands créateurs, bijoux étincelants, manières étudiées. Bienvenue dans le jardin artificiel du paraître.

Les femmes sont belles. Les hommes séduisants. Les dés sont lancés, la chasse ouverte. Et Q envoie Bond aux Enfers. Ça lui apprendra à lui éteindre le micro au nez !

-Vous savez danser ?

Voix fatiguée, mine boudeuse, flûte quasi vide à la main. Quelques mèches folâtres hors du chignon, trace de remaquillage. Aussi discrètement que possible, elle changeait de jambe. Assurément, cette demoiselle -à peu près 25 ans- était dans les lieux un peu avant le début de la fête. Peut-être de l’entourage de l’organisateur.

Voir l’organisatrice elle-même.

Avec affabilité, l’espion la guida sur la piste où les couples virevoltaient avec lenteur.

-Vous êtes de passage ?

Un peu moins fatiguée, un peu curieuse. La mine se relâche. La flûte est repartie sur le plateau d’un serveur à queue de pie.

Valse. Un, deux, trois. Un, deux, trois. Un, deux…

-En vacances, à vrai dire. Je repars ce soir.

-La ville vous a plu ?

-J’en repartirai frustré, hélas.

Elle frissonna.

-Cela est bien dommage. J’espère que ces moments de festivités vous aideront à la quitter dans un meilleur état d’esprit…

Elle quitta son étreinte, fit quelques pas, attrapa une nouvelle boisson et rejoignit un groupe d’hommes, s’accrochant au bras d’un barbu gris à catogan et cigare hors de prix.

-On ne peut pas plaire à tout le monde.

Il soupira. Mais les fréquents regards en sa direction de sa cavalière le firent sourire. Son charme avait quand même frappé.

Portant un quelconque verre à ses lèvres, il rétablit la connexion de l’oreillette, l’esprit ailleurs.

-007…

– « Vous devriez vous sentir comme une proie face à cette personne. » Ce n’est pas un indice, Q.

-007. Ouvrez les yeux, fermez-la. Votre but est dans la pièce. Quelque part autour de vous.

La prise se resserra sur le verre. De discrets coups d’œil autour de lui. La jeune femme avait cessé de l’observer. Et il était toujours planté sur la piste de danse.

Pas rapides pour rejoindre un mur où s’adosser.

-« Quelque part » ? C’est bien vague, Q. Comment faites-vous pour en être aussi sûr et avoir pourtant besoin de mes services ?

-Il faut bien quelqu’un pour appuyer sur la gâchette.

Sourire des deux. Renvoi en arrière. La première entrevue dans ce musée. Devant ce tableau. Mélancolie.

-C’est une anguille qu’il vous faut chasser, 007.

-Une anguille, Q, ça se pêche. Ça ne se chasse pas.

Reposant le verre vide, de grandes enjambées vers l’autre côté de la salle. Refermant sa veste tout en marchant, sourire mi-séducteur, mi-sérieux. Mignon.

-Que faîtes-vous donc, 007 ?

Q interloqué.

-Un homme seul, c’est suspect. Particulièrement sans bouger. Me permettez-vous cette danse ?

Un rougissement, un gloussement, un battement de paupières.

-Ce sera avec plaisir, monsieur…?

-Banner, James Banner.

-Elena Riversen.

-Son père est un magnat du pétrole.

Merci Q. Mais pas tout de suite.

Valse, toujours.

Trois amies. Quatre partenaires de danse.

Un, deux, trois. Un, deux, trois. Un, deux, trois. Un, deux, trois…

-Excusez du retard, les filles. Rudolph ne pourra pas venir, il est malade.

-Oh ! Rien de grave ?

Inquiétude non feinte. Les trois… non, les quatre jeunes femmes délaissent Bond au profit de la nouvelle venue.

Assez grande. Peau mate. Yeux gris et verts. Cheveux longs et noirs. Coupe déstructurée. Robe classique. Bijoux discrets. Parfum fleuri. Silhouette gracieuse. Vingt-deux ans.

Délaissé, il s’éloigna du petit groupe de pintades. Siège libre.

-007 ?

-Êtes-vous sûr de vos informations, Q ?

-Absolument. Vous avez un problème ?

-Je m’ennuie. Il n’y a rien d’exaltant, aucun prédateur, hormis moi. Juste des proies.

-Ouvrez l’œil, 007. Ouvrez l’œil.

Par pur esprit de contradiction, l’agent ferma les yeux.

-Martini ?

Glaçons dans un verre. Talons sur le parquet. Senteurs de vanille. Voix calme.

« Ouvrez l’œil, 007. »

Vingt-sept ans. Regard de jade. Robe émeraude. Tour de cou en dentelle.

-Martini ?

« Au shaker, pas à la cuillère. »

-Oui, merci.

Une main en poche, le verre aux lèvres. Siège libre.

Encore une charmante dinde. Soupir.

-Le temps des danses sera bientôt achevé. Ai-je mes chances avec vous, ou dois-je repartir chercher un autre partenaire ?

Encore une danse… Pourquoi pas ?

-Une valse ?

Ton ouvertement moqueur. Nerfs. Flegme ?

-Non. Un tango.

Sourire. Surprise.

-Vous saurez…?

Moqueries. Jugements. Défi.

Deux verres sur un plateau, direction cuisine.

La fille est légère, fine. De longues jambes habiles. Elles ne se gênent pas pour frôler sa hanche, sa cuisse. Lui.

Une mise à l’épreuve, une fanfaronnade. Elle joue. Elle aime jouer.

Dernières notes. Elle se renverse, se cambre. Le décolleté contre la chemise. Frôlement, frottement.

Le jade.

-Et maintenant ?

Susurrement. Regard par en-dessous. Poitrine compressée. Torse musclé. Jambe fine autour des hanches. Main ferme au creux des reins.

L’homme relèvera-t-il le défi ?

Deux longs bras à la peau dorée passèrent autour de son cou, appuyant sur la nuque.

« Et maintenant ? »

Une main libre. Cou. Peau douce. Lèvres.

Reprenant une posture plus droite, ils se fixèrent. Leur performance fut poliment applaudie.

Sièges libres. Martini ? Non merci. Whisky. La demoiselle ? Deux.

Siroter la boisson. Air dégagé. Charmeur. Agréable.

-Mon nom est Banner. James Banner.

Il lui présenta sa main ouverte, l’air sérieux.

Sourire. Battements de paupières.

-Léon. Camelle Léon. Mais vous pouvez m’appeler Camelle.

Nouveau sourire. Elle s’amuse de la surprise de l’espion. Elle adore faire sensation.

-Mes parents ont beaucoup d’humour.

Une gorgée. Deux gorgées. Trois ?

-Mr Banner ?

-007 ? Vous pouvez ferrer.

-Pourquoi ?

-Pardon ?

-Vous l’avez trouvée. Ramenez-la. Votre mission est finie. L’avion décolle à la première heure demain.

L’oreillette se trouve de nouveau éteinte. Clic.

-Si nous allions ailleurs ?

Proposition aux angles indécents. Tant de sous-entendus. De promesses. D’attentes.

-Je suis à votre entière disponibilité, Mr Banner.

Sourire plus appuyé, plus mystérieux. Tête un peu penchée. Regard envoûtant.

Femme. Provocatrice.

-J’aime que les femmes m’appellent James.

-Des femmes qui partagent votre intimité… je me trompe ?

Sourires entendus. Complices. Regards. Sièges vides.

Voiture avec chauffeur. Villa de plain-pied. Caméras. Projecteurs.

-Vous ne semblez pas très à l’aise.

-Les femmes seules sont, hélas, de très bonnes proies.

Soupir. Moue triste.

Un pas. Un bras.

-Mais on dirait bien que cette nuit, je serai plus à l’abri que jamais.

Ronronnements. Frôlement prometteur. Décolleté relâché.

-Une protection… rapprochée, j’imagine ?

Sourire en coin. Le jade pétille. Brille.

Un baiser. Rapide. Une question.

Un baiser. Appuyé. Une réponse.

-La visite commence par la chambre, c’est bien évidemment primordial.

Sourire. Tissus qui glissent.

Puis plus rien.

Laisser un commentaire