L'affaire Caméléon [James Bond]

L’affaire Caméléon – Ce même cœur que tu gardais en geôle 6/11

-D’après vous, James, lorsqu’un couple se fait remarquer lors d’un événement, lequel des deux est le plus regardé ?

-La femme. Elle est jalousée par les autres femmes, et les hommes la désirent.

-Absolument.

Le bas glisse sur la jambe.

-Donc vous faites diversion…

-En ne nous faisant que remarquer. C’est là que réside mon art.

-Votre art ? M en a fait mention, lui aussi.

-Et vous souhaitez ? Que je vous en parle… Je me trompe ?

Rire. Un bracelet tinte. Ou bien est-ce la flûte du champagne commandé plus tôt ?

-Vous êtes un assoiffé, James.

-C’est là mon moindre défaut.

-Vous voulez tout savoir.

-Et tout de suite. Et vous, vous tentez de noyer le poisson.

-Absolument.

Le verrou tourne. La porte ne s’ouvre pas.

-Rassurez-moi, vous n’avez rien contre le roux ?

-Tout dépend de la personne qui le porte. Et son degré.

-Bon, au pire, ce n’est pas comme si nous allions rester longtemps côte à côte.

Doucement, la porte est poussée.

-Vous êtes d’une impatience redoutable.

Pied sur le lavabo, jambe dénudée jusqu’au haut des cuisses.

-Si je n’y vais qu’avec un seul bas, je risque de passer pour une originale.

-Mais je ne vous l’empêche pas.

-Avec vous collé dans mon dos ?

Elle porte la flûte à ses lèvres sans changer de position. Œil émeraude dans la glace. L’œil bleu le capte, l’hypnose. Une langue affûtée glisse sur les lèvres maquillées.

Il frôle des lèvres l’entrelacs compliqué décorant l’oreille.

Aucun des deux ne détourne le regard, envoûtés.

-Jolie couleur.

-Je vous en remercie.

-C’est cela votre don ?

-Ça n’en est qu’un morceau. Peut-être vous offrirai-je l’honneur d’en voir plus.

-J’attends de voir…

Bruit de grelots. Un bras passe autour du cou.

-James…

-Camelle.

Les corps imbriqués se penchent lentement. Le verre est posé. Deux mains sur la jambe. Une, femme, une, homme.

Le bas glisse. Remonte. Se tend.

La main tente de glisser sous le tissu de la robe. L’autre lui appuie dessus.

-James. Non.

Ordre. Voix de velours, ton tranchant. Implacable.

-Je ne comptais rien faire.

-À d’autres.

Les larges boucles cuivrées auréolant le visage fin tressautent.

-Vous êtes incorrigible.

-Et vous en retard.

-Où sont passées vos manières de gentleman ?

-Elles ont préféré prendre le large.

-Devant ma laideur.

-Face à votre splendeur.

-Vil flatteur.

La jambe redescend. Les deux mains remontent.

Deux sur le ventre. Une sur la hanche. L’autre dans les cheveux courts.

-Si je suis tant en retard, pourquoi m’empêchez-vous d’achever ma toilette ?

-« Pour se faire remarquer, une femme doit arriver en retard, et partir en avance ».

-Ce n’est pas en me décoiffant que vous arrivez à quelque chose.

-Tout dépend du résultat désiré…

-Serais-je un résultat ?

-À vous de me le dire…

-Pourquoi dire alors que montrer suffit ?

Sourire de loup. La chatte semble avoir trouvé le lait et la crème.

¤

-Milady.

Baise-main. Pommettes roses.

-Que la soirée vous soit douce…

-En votre compagnie, il n’y aura aucun doute là-dessus.

Cillements.

-Champagne, mademoiselle ?

-Merci.

Grésillements.

-James. Vous m’entendez ?

-Un problème « Milady » ?

-Aucun pour le moment. Et vous ?

-Des obstacles.

-De l’aide ?

-Utilisez donc votre charme naturel, très chère…

-Mais avec plaisir, mon tout beau. Bonsoir messieurs…

Trois cillements. Six piquages de fards. Quelques minauderies. Flirts.

-Merci, Camelle.

Sourire en coin. Pas de réponse.

¤

-Et maintenant que le dossier est récupéré ?

-Pourquoi ne pas profiter du temps qui reste ?

-Proposition alléchante.

-N’est-ce pas…

Dos à la tête du lit, l’agent la regardait. Au pied du meuble, la jeune femme tenait ledit dossier. Elle ne s’était pas changée, au contraire de son ami qui était pieds nus et sans veste.

Un genou sur le lit. Le dossier tombe, les feuilles en sortent. La robe glisse.

-Oh… Pas de soutien-gorge ?

Les nez se frôlent, les souffles se mêlent.

-Vous n’êtes guère observateur, 007.

-Je m’en remets à vous pour m’amender.

-Mmh… Riche idée que voilà…

Les boutons sautent. Lèvres et langues s’allient. Les draps se froissent.

Laisser un commentaire