Un amour de vampire

Un amour de vampire – 1/6

Une pute. Je suis une pute. Ou une prostituée si le mot précédent vous choque ou vous gène. Je travaille (si on peut appeler ça un travail) dans un des quartiers chauds de cette ville pourrie jusqu’à la moelle. J’allumai une cigarette, pensive, tout en faisant le pied-de-grue, attendant le prochain client.

Rejetant la fumée, je remarquai mes larmes. Une collègue à ma gauche me pressa l’épaule.

-Pleure pas…

-Je pleure pas. La fumée me pique les yeux.

-D’accord…

Elle sourit un peu, tandis que du gras du pouce, j’essuyai les larmes, priant pour que mon maquillage ne coule pas.

-Baptistine ?

-Oui ?

-Devine mon âge.

Je posai ma main à plat sur le mur de béton et cambrai mon dos, la tête en arrière, la clope dans la bouche. La fausse fourrure blanche glissa jusqu’au bout de mes bras dévoilant mes épaules nues et la haut sans manches blanc pailleté. Mes cheveux dévalèrent et s’arrêtent dans le creux de mes reins.

-J’dirai 23 ans.

-J’ai 15 ans, Baptistine, 15 ans.

Toutes celles qui nous écoutaient écarquillèrent les yeux. Je rejetai la fumée et la suivis des yeux. Je me redressai contre le mur délabré.

Alertée par une blonde aux yeux verts de l’arrivée d’un jeunot, je remis en place mes cheveux roux et les tressai légèrement. Je remontai aussi la fourrure, ne laissant dépasser que mes épaules. Je la laissai entrouverte pour montrer mon haut. Je pris appui de mon pied droit et écartai légèrement les jambes.

Quand le client passa devant moi, il s’arrêta et me jugea du regard. Les cheveux blonds et très courts, les yeux bleus-vert. Grand et l’air un peu gauche. Il semblait gêné. Il fixa ses pieds. Je souris, et finis par écraser ma cigarette d’un coup de talon noir. Du bout de mes doigts manucurés, je replaçai ma ceinture à picots sur ma mini-jupe rouge flash.

-Tu montes petit ?

Il hocha de la tête. Je le pris par le bras et l’emmenai dans le petit escalier.

-C’est ta première ?

Rehochement de tête.

-T’as raison. Vaut mieux commencer par des pros, sinon on regrette…

Il haussa les épaules. Je le regardais en souriant.

-Tu me plais bien, petiot. T’as quel âge ?

Je voulais entendre sa voix.

-17 ans.

Il avait une voix un peu rauque, comme si il ne l’utilisait pas beaucoup.

-Et toi ?

-Pourquoi ?

-Pour savoir…

-15 ans. Nous sommes arrivés.

Je poussai une porte peinte en jaune. Je m’assis sur le lit défoncé et l’invitai à s’y installer. Le morceau de fourrure glissa sur le carrelage fissuré, accompagné de sa veste bleue. Pour une rare fois, j’ai fait mon boulot. J’ai initié ce jeune homme aux plaisirs de l’amour physique.

Je lui tournai le dos pour m’habiller, puis je me tournai vers lui et lui caressai le ventre et le dos pendant son rhabillage.

Il me tendit des liasses de billets que je refusai.

-L’apprentissage n’a pas de prix.

Il rangea l’argent et je l’accompagnai jusqu’en bas. Je repris ma place et lui partit. J’allumai une nouvelle cigarette et soupirai.

-Il est quelle heure ?

Elle bailla.

-Ouah… Il est 2 heures du matin.

-Hum… On n’a pas fait grand-chose.

-Parle pour toi !

-C’est un « inconnu ».

-Okay…

Un « inconnu », c’est celui qui veut apprendre l’amour physique et qui n’en sait rien.

Je suis connue pour les faire gratuits.

-Tu as commencé à quel âge ?

-Moi ? À 12 ans.

-C’est bien jeune.

Je haussai les épaules de nouveau. Je frissonnai. J’avais oublié la fourrure synthétique dans la chambre.

-Où vas-tu ? Il y a un client !

-J’ai oublié mon manteau. Je reviens !

Je monte aussi vite que je le peux avec mes talons. En effet, la cape blanche était toujours au sol. Je la revêtis en descendant les degrés.

Une fois dehors, je vis Baptistine penchée à la fenêtre d’une limousine blanche. Elle se retourna et continua de parler à un vieil homme, portant un uniforme de chauffeur.

-D’ailleurs, la v’là. Vous verrez par vous-même !

Elle me fit signe d’avancer, ce que je fis d’une démarche chaloupée. Je me penchai à mon tour à la fenêtre et m’y accoudai.

-Bonsoir.

Je cillai et fis un large sourire.

-Montez à l’arrière.

Je me figeai sous le ton sec, mais je finis par m’exécuter. Je fis un clin d’œil à la belle noire qu’est Baptistine.

-On se revoit demain ma belle.

-À demain.

Je m’assis sur la banquette noire. L’intérieur était frais et je soupirai d’aise. Je risquai un regard vers ma droite. Mon cœur rata un battement.

-Bonsoir…

Mon Dieu ! Quelle belle voix ! Malgré moi, je soupirai de bonheur.

-Bonsoir.

Il me détailla de ses beaux yeux noirs. Je n’osai le toucher, tellement il respirait la beauté et le bonheur. Je me donnai l’impression d’être parfaitement habituée, ce que j’étais à moitié.

Son regard me transperça de nouveau et je notai que ses yeux étaient rougis.

-Quel est ton nom, belle enfant ?

-On m’appelle Clara.

-Je me nomme Kergan.

Je tressaillis, ce qu’il remarqua.

Laisser un commentaire